Aujourd'hui, notre gentille auxiliaire de vie qui t'accompagne quatre matinées par semaine n'était pas là. Je t'ai aidée à prendre ta douche et ce fut un moment intime entre nous, tout en douceur.

J'ai chauffé la salle de bain pour que tu sois bien à ton aise, toi qui maintenant a souvent froid. J'ai installé dans la baignoire le robuste tabouret et je t'ai aidée à y prendre place comme une reine. J'ai réglé l'eau bien chaude comme tu l'aimes et l'ai déversée en pluie sur ton corps doux et lisse comme un galet poli par l'écume du temps. Puis j'ai frotté ton dos bien fort avec la fleur de massage et la mousse toute légère, et tu me disais que c'était bon, alors j'ai continué un peu longtemps. Je me suis penchée pour te laver les pieds, geste qui m'émeut toujours, puis je t'ai laissée faire le reste des gestes seule.

Je t'ai enveloppée dans le peignoir très doux, t'ai aidée à sortir de la baignoire - le moment le plus délicat - et tu t'es assise pour que je brosse tes cheveux de neige. Dix coups d'un côté, dix coup de l'autre côté, dix coups en avant, dix coups en arrière, comme me l'a appris Grand-maman, ta maman. Grand-maman disait d'ailleurs vingt-cinq coup de chaque côté, mais ça c'est pour les grands jours, la vie d'aujourd'hui va trop vite pour quatre fois vingt-cinq coups tous les jours.

J'ai vaporisé sur toi un peu de ton parfum Guerlain. C'était fini pour aujourd'hui. Ce n'était rien, juste un petit moment parsemé de mots rituels : "l'eau est bonne ?" "C'est délicieux, ceux qui n'aiment pas la douche sont bien bêtes." "Appuie-toi sur moi, je suis juste derrière toi." "J'adore qu'on me brosse les cheveux." "Comme tu as de beaux cheveux!" "Voilà Madame, c'est fini pour aujourd'hui."

Ce n'était qu'un moment dont parfois la répétition me lasse, mais que j'apprécie aussi parce que je sais que tu l'aimes tant. Tu as confiance, tu aimes qu'on s'occupe de toi, tu aimes te sentir fraîche et parfumée, les cheveux en auréole. Moi je t'apporte juste une petite aide. Aujourd'hui, ça ne m'a pas pesé du tout.