Tu es rentrée et ce fut douloureux. J'espérais un sursaut heureux, une vague de paix pour toi, mais tu n'as été que douleur et agitation. Pendant vingt-quatre heures tu t'es plainte sans relâche, meurtrie et désorientée par le transport, et j'étais impuissante à tes côtés, avec l'impression de t'avoir joué un mauvais tour. J'avais voulu le mieux et tu vivais le pire, et je ne le supportais pas.

Puis la souffrance s'est tarie par excès et tu t'es mise à dormir. Depuis hier matin tu dors profondément, rien ne te sort de ce sommeil de Belle au bois dormant, pas même l'arrivée de ta petite-fille tant aimée et de ses lutins. La joie est entrée dans la maison, mais tu es ailleurs, dans un pays blanc d'où le sourire a disparu. Lutin B te regarde gravement et nous interroge de ses grands yeux : "oui mon chéri, c'est Grand-Mamie qui fait dodo". Mais ce lutin-là semble avoir compris que ce sommeil est différent, qu'il n'y a aucune veilleuse, aucun doudou, aucune maman pour l'apaiser. Le sommeil de la grande solitude.