J'aurais aimé que la vie m'accorde un peu de temps pour chérir ton souvenir et m'apaiser graduellement en me retranchant dans ma coquille. Hélas, un décès entraîne aussi des bouleversements matériels et pratiques, dans mon cas un déménagement pour aller m'installer dans ton ancien appartement. La démarche est difficile, d'une part parce que je quitte mon "nid", celui qui était tel depuis 25 ans, d'autre part parce que ton ancien appartement est toujours "chez toi" et qu'il faudra un certain temps pour que je me l'approprie et m'y sente bien.

La vie me bouscule à outrance ces temps-ci, à la fois sur le plan psychique et sur le plan matériel ; de jour en jour, mon passé et mon présent tombent par pans entiers et c'est difficile de rester debout sans faiblir. J'aurais eu envie de m'aggriper à mon rocher comme une moule, j'aurais voulu pouvoir rester ici le temps de panser mes blessures... Mais je suis obligée d'ouvrir mes mains et de laisser filer le sable, et d'accepter le dépouillement. Certes, c'est bien peu de choses en comparaison du dépouillement suprême que tu as connu dans les dernières semaines de ta vie, que je connaîtrai moi aussi un jour, comme tout un chacun. Aimer les choses, s'attacher un peu, mais savoir qu'on n'est jamais que locataire de sa vie...