Les derniers temps de ta vie, je m'appliquais à te procurer au moins trois petits bonheurs chaque jour. Ce n'était pas toujours facile de trouver, mais avec l'inspiration du coeur j'y arrivais. Oh, c'était de toutes petites choses simples, comme faire une pause thé avec toi et me consacrer vraiment à toi, en te questionnant sur des sujets mille fois entendus mais sur lesquels tu avais plaisir à revenir. Ce pouvait être aussi prendre le temps de te brosser longuement les cheveux, ce que tu adorais, ou de te faire un massage du dos... Ou t'offrir quelques fleurs pour ta chambre, ou regarder ensemble des photos de nos lutins...

Tu n'es plus là, mais le pli est pris. C'est maintenant à moi-même que j'offre trois petits bonheurs par jour, soigneusement consignés chaque soir : ces tout petits bonheurs me soutiennent dans ce qui reste une dure épreuve. Oui, j'ai mal et je reste choquée par ta dure fin de vie, mais je suis encore capable de goûter le suc des jours, de m'arrêter devant un bourgeon prometteur, d'ouvrir mon coeur à l'allégresse parce le cerisier de ma résidence est en fleurs, d'apprécier ce coup de téléphone attentionné tout autant que le thé parfumé que je savoure alors que le temps dehors est gris...

Prendre le temps de rechercher trois petits bonheurs chaque jour, ce n'est rien, mais c'est immense, comme des fenêtres s'ouvrant chaque jour sur un ciel infini.