Même pas un choix
Dans quelques mois, il y aura bientôt deux ans que tu habites avec moi. Cela s’est fait sans véritable décision, ni de ta part ni de la mienne. C’est juste arrivé comme ça, un jour que nous rentrions de quelques vacances à la campagne. Tristes vacances durant lesquelles nous était parvenue comme un coup de tonnerre la nouvelle de la mort de mon père, de ton mari dont tu étais divorcée depuis de très longues années.
Pour moi, c’était très difficile, la mort d’un père avec lequel mes relations étaient compliquées. Pour toi, c’était un grand pan de ta vie qui s’effaçait définitivement, c’était aussi une seconde mort qui venait trop tôt après la disparition de ta sœur et la ravivait.
Ce jour-là, nous rentrions donc de la campagne et, en arrivant à Paris, je t’ai soudain demandé : « Où veux-tu que je te conduise ? Chez toi ou chez moi ? ». Tu ne savais pas trop ce que tu voulais et moi non plus, mais nous avions au fond le sentiment qu’il nous fallait nous appuyer l’une sur l’autre en cette période de deuil. « Chez toi » m’as-tu finalement répondu, et je crois que ta réponse m’a fait du bien car je me sentais orpheline.
Tu es ainsi venue chez moi et n’en est plus repartie. Il n’y a jamais eu de vrai choix, juste au fil du temps l’évidence qui s’est imposée à moi : tu ne pouvais plus vivre seule, tu devenais de plus en plus fragile, avec une mémoire trop défaillante pour faire face seule au quotidien. Et toi, tu t’es installée ici, tu y as fait ton nid si naturellement, qu’à mon grand étonnement tu as désormais presque tout oublié de l’appartement que tu aimais tant. Tu te sens bien ici et tu n’as pas de regrets.
La mort de Papa nous a finalement fait ce cadeau de ne pas avoir à peser le pour et le contre, de ne pas être obligées de trancher douloureusement. Tes affaires sont passées progressivement d’une maison à l’autre, tu n’as pas eu d’adieux à faire à ton chez toi, tout s’est fait, doucement, naturellement.