Parfois, je me mets à rêver d'une vie sans bagages. Ai-je vraiment besoin, pour moi toute seule de 50 cartons pleins de fatras divers ? Bien sûr, il y a quelques objets venus de loin, ou parfois de plus près, qui ont une âme et que j'ai envie de garder à portée de main et d'yeux. Mais ceux-là tiennent dans deux cartons. Le reste c'est du pratique... n'est-il pas trop envahissant ?

Je rêve parfois d'une organisation plus simple, où chaque chose ne serait pas en plus de deux exemplaires, qui me procurerait un espace libéré où renaître à une vie nouvelle. Moins d'entretien, plus jamais ce crève-coeur d'avoir à trier, jeter, abandonner en chemin les lambeaux d'une vie. Les objets devraient être nos serviteurs, mais je me demande si nous n'en sommes pas plutôt les esclaves... Depuis deux mois ils me harcèlent, me forcent à me poser la question cruciale : garder ou abandonner ?

Garder ou abandonner ces dentelles jaunies qui me viennent de lointaines aïeules, pieusement conservées de mères en filles et jamais utilisées ? Garder ou abandonner mon ancienne layette de petite princesse, minutieusement brodée et si peu pratique que ni moi ni ma fille n'en avons habillé nos bébés ? J'avais opté pour abandonner, mais voilà qu'un bavoir bordé de dentelle a décidé de survivre. Seul, il a resurgi d'un endroit où il n'avait jamais rien eu à faire. Alors je vous ai imaginées, toi Maman, et toi Grand-Maman, portées par la joie de l'attente qui vous donnait toutes des patiences : vous cousiez à tous petits points, orniez, brodiez, puis laviez et repassiez ces fines lingeries... Ce délicat témoin du passé s'est imposé à moi. Je le garde, j'en ferai un sous-verre pour me rappeler que j'ai été un bébé bien enclos dans le ventre maternel, attendu avec amour.